Retour au Japon

Jour 1 – Retrouvailles avec Tokyo

Et nous voilà de retour au Japon, 10 ans plus tard.
Un voyage décidé presque sur un coup de tête, avec seulement les vols et les hôtels réservés.

À peine arrivés, direction le quartier de Chūō pour déposer les bagages. Il est 7h du matin, et malgré la fatigue, impossible de rester en place.
Nous partons à pied vers Shinkawa Park puis Ishikawajima Park, en traversant le Chūō-Ōhashi Bridge.
Ce pont suspendu, avec ses lignes modernes et ses câbles tendus, relie plusieurs îlots urbains et offre une belle perspective sur les rivières qui traversent Tokyo. Ici, l’eau fait partie intégrante de la ville.
Les cerisiers sont en fleurs. Les pétales tombent doucement dans la rivière, portés par le vent. Le contraste entre les immeubles modernes et cette nature éphémère est saisissant.

Direction ensuite Shinjuku.
Et là, on découvre une petite tradition : les tampons de gare.
Au Japon, presque chaque grande gare possède son propre tampon (appelé eki stamp), souvent décoré avec des symboles locaux : monuments, mascottes, paysages…
On les trouve dans des coins parfois discrets des gares, souvent près des guichets ou des offices de tourisme. Il faut chercher, demander parfois… et c’est ça qui rend le truc addictif.
Chaque tampon devient un souvenir unique, bien plus personnel qu’un simple ticket ou une photo.
Les gares, d’ailleurs, sont impressionnantes. À Shinjuku, la plus fréquentée au monde, tout est pensé pour absorber des flux gigantesques. Architecture fonctionnelle, signalétique précise, circulation fluide… c’est une machine parfaitement huilée.

Nous poursuivons vers le Palais impérial.
Situé sur l’ancien site du château d’Edo, il occupe un lieu central dans l’histoire du Japon.
C’est ici que résidaient les shoguns Tokugawa avant que l’empereur ne s’y installe au XIXe siècle. Aujourd’hui encore, il en est la résidence officielle, même si seule une partie se visite.
Les remparts en pierre, assemblés sans mortier avec une précision impressionnante, témoignent du savoir-faire de l’époque féodale.
Autour, les larges douves et les ponts arqués, comme le célèbre Nijūbashi, renforcent ce sentiment de lieu protégé, presque hors du temps.
Le palais lui-même, reconstruit après la guerre, reste sobre et discret, fidèle à l’esthétique japonaise.
Les jardins, eux, offrent deux ambiances : de grands espaces ouverts côté extérieur, et des zones plus travaillées dans les jardins de l’est, aménagés sur les anciennes fondations du château.
Au milieu de Tokyo, ce lieu impose une pause. Moins de bruit, plus d’espace. Une respiration.
La journée passe vite.

Le soir, nous découvrons Tokyo Station.
Sa façade en briques rouges, construite en 1914, s’inspire clairement de l’architecture européenne. Restaurée récemment, elle symbolise la modernisation du Japon au début du XXe siècle.
À l’intérieur… c’est une autre histoire. Sous la gare se cache un immense réseau de galeries. Une véritable ville souterraine.
Et forcément, on y retourne chercher… des tampons!!
Certains sont spécifiques à la gare, d’autres à des lignes ou des événements. On commence déjà à remplir notre carnet.
On en profite pour manger un ramen dans une des nombreuses allées du sous-sol réservé à la street food..
Enfin retour à l’hôtel avec un petit détour nocturne par Shinjuku et ses néons.
Pas moins de 45 000 pas pour cette première journée et déjà pas mal de souvenirs et de tampons dans notre carnet.

Jour 2 – À la rencontre du Mont Fuji

Départ matinal pour Hakone.
Hakone est une région façonnée par l’activité volcanique.
Le lac Ashi, que nous traversons en bateau, s’est formé dans une ancienne caldeira.
Le torii rouge du sanctuaire de Hakone, planté au bord de l’eau, marque symboliquement le passage vers le sacré.
Puis vient le téléphérique au-dessus des reliefs volcaniques.
À Ōwakudani, le paysage devient presque irréel : fumées, odeurs de soufre, sol minéral. La terre respire encore.
On peut y goûter les fameux œufs noirs, cuits dans les sources volcaniques mais nous préférons attendre le maître des lieux, le Mont Fuji.
Longtemps caché, il finit par apparaître au bout de 30 minutes entre les nuages.
Sa forme conique presque parfaite en fait un symbole national. Quel plaisir de le voir enfin.

On poursuit avec le sanctuaire de Hakone, fondé en 757, profondément ancré dans la tradition shinto. Niché dans une forêt dense, il est dédié aux divinités protectrices des voyageurs et des routes. On y accède par de longues allées bordées de cèdres centenaires, jusqu’à son célèbre torii rouge posé au bord du lac Ashi, qui marque symboliquement la frontière entre le monde humain et le sacré.

Puis direction le lac Yamanaka, l’un des cinq lacs formés autour du Mont Fuji.
Plus ouvert et moins encombré que les autres, il offre de larges perspectives sur la montagne.
C’est aussi un lieu apprécié des cygnes, qui glissent calmement sur l’eau, ajoutant une touche presque irréelle au paysage.

Enfin, Oshino Hakkai, petit village traditionnel construit autour de huit bassins alimentés par la fonte des neiges du Fuji. L’eau y est d’une clarté impressionnante, filtrée naturellement par les roches volcaniques depuis des décennies. Les maisons à toits de chaume et les passerelles en bois renforcent cette impression de Japon ancien préservé.
Mais aussi… un spot parfait pour manger 😄
Wagyu, anguille, takoyaki, saké… difficile de faire un choix.

Retour à Tokyo puis recherche un restaurant local pour finir la journée.

Jour 3 – Entre temples et quartiers vivants

Le temps est gris aujourd’hui, ce qui donne à Tokyo une atmosphère un peu différente, plus douce, presque mélancolique.
Nous commençons par Toranomon Hills, un quartier très moderne dominé par des tours de verre et d’acier.
L’architecture ici est clairement tournée vers l’avenir : lignes épurées, grandes surfaces vitrées, espaces ouverts.
L’objectif est de créer un quartier intégré, mélangeant bureaux, culture et vie urbaine.
Malheureusement, le musée que nous voulions visiter est fermé… changement de plan.

Nous partons donc à pied vers la Tokyo Tower, toujours aussi iconique.
Construite en 1958, elle s’inspire directement de la tour Eiffel, mais avec une structure plus légère et peinte en rouge et blanc pour répondre aux normes aériennes.
Elle symbolise surtout le Japon d’après-guerre, en pleine reconstruction et ouverture au monde.

Juste à côté se trouve le temple Zōjō-ji, fondé au XIVe siècle et longtemps associé au puissant clan Tokugawa.
Son emplacement n’est pas anodin : il faisait partie du complexe funéraire des shoguns d’Edo.
Aujourd’hui encore, les grandes portes en bois et la pagode contrastent fortement avec les gratte-ciel en arrière-plan.
Pour cause de cérémonie, nous ne pouvons pas entrer dans le temple principal.
Nous nous contentons donc des jardins et du cimetière des shoguns, un lieu très calme, presque solennel, où reposent plusieurs figures historiques importantes.

Nous poursuivons ensuite vers Tsukiji, l’ancien marché aux poissons de Tokyo.
Même après le déplacement de la criée principale, le quartier reste un haut lieu de la gastronomie.
Les ruelles étroites sont remplies de petits stands, de fumées de grillades et d’odeurs marines.
On y retrouve une ambiance très traditionnelle, presque inchangée.
Mention spéciale pour un sushi au wagyu, surprenant mais incroyablement fondant.

En fin de journée, direction Akihabara, véritable temple de la culture pop japonaise.
Le quartier est composé d’immeubles étroits mais très verticaux, chaque étage étant dédié à un univers : électronique, mangas, figurines, jeux vidéo.
L’architecture y est dense, presque saturée, à l’image de l’énergie du lieu.
Idéal pour faire le plein de cartes Pokémon et de manga.
La fatigue commence à se faire sentir, alors nous rentrons plus tôt à l’hôtel pour récupérer.

Jour 4 – Sakura et énergie urbaine

Nous commençons la journée le long de la rivière Meguro, l’un des spots les plus connus de Tokyo pour les cerisiers en fleurs.
L’aménagement urbain ici est particulièrement réussi : les berges sont étroites mais parfaitement exploitées, avec des ponts réguliers et des rangées de sakura qui forment un véritable tunnel naturel au-dessus de l’eau.
C’est simple, mais incroyablement efficace.
Sous le soleil, la promenade est parfaite. On avance lentement, d’un pont à l’autre, juste pour profiter.

Puis direction Shibuya, symbole du Tokyo contemporain.
Le célèbre crossing est impressionnant mais c’est tout le quartier qui l’est.
L’architecture y est très verticale, faite de tours compactes, d’écrans géants et de façades vitrées qui se superposent dans tous les sens.
Shibuya est pensé comme un hub de circulation permanent où les flux humains sont organisés avec une précision presque chorégraphiée.
On s’arrête dans un café pour souffler un peu, puis on prend le temps d’observer le quartier, ses ruelles, ses boutiques et cette impression constante de mouvement.

Nous continuons ensuite vers Asakusa et le temple Sensō-ji, le plus ancien de Tokyo, fondé au VIIe siècle.
Dédié à la déesse Kannon, il a été reconstruit plusieurs fois au fil des incendies et des guerres, tout en conservant son plan traditionnel.
La grande porte Hōzōmon, massive et ornée de lanternes, marque l’entrée du site.
Elle est suivie d’une longue allée commerçante très animée, bordée d’échoppes traditionnelles.
Mais aujourd’hui, la foule est particulièrement dense, ce qui rend la progression difficile.
Nous préférons nous éloigner un peu des axes principaux pour retrouver des ruelles plus calmes autour du temple.
C’est là que nous tombons (mais pas par hasard) sur un melon pan exceptionnel, soit disant le meilleur de Tokyo, tout juste sorti du four.
Croustillant à l’extérieur, incroyablement moelleux à l’intérieur.

Nous terminons par un peu de shopping artisanal dans les petites rues autour du temple, avant de rentrer à l’hôtel pour préparer la dernière soirée à Tokyo.

Pour cette dernière soirée, nous retournons dans notre restaurant de quartier, mais cette fois-ci nous optons pour une dégustation à l’aveugle.
Le chef nous propose un menu en plusieurs services, entièrement choisi par ses soins.
Au final, ce sont 11 plats qui défileront, bien au-delà du menu initial, accompagnés de deux carafes de saké.
Chaque plat est une surprise, et surtout une découverte de produits que nous n’aurions probablement jamais commandés nous-mêmes.
La soirée est particulièrement agréable : nous sommes seuls dans le restaurant avec le chef, ce qui donne lieu à de nombreux échanges sur la cuisine, mais aussi sur nos voyages et ses recommandations au Japon.
Un moment simple mais tellement agréable.

Jour 5 – Kyoto, entre tradition et réalité

Départ en Shinkansen pour Kyoto. Le trajet est un modèle du genre : rapide, silencieux, parfaitement ponctuel.
En quelques heures, on quitte l’hypermodernité de Tokyo pour une ville au rythme plus posé, profondément ancrée dans l’histoire du Japon.
Après avoir déposé les bagages, direction le Nishiki Market.
Cette longue rue couverte, parfois surnommée “la cuisine de Kyoto”, existe depuis des siècles.
On y retrouve une concentration impressionnante de stands alimentaires : poissons grillés, pickles, wagashi, brochettes…
L’architecture est simple mais efficace, avec cette galerie étroite qui protège à la fois de la pluie et du soleil, créant une ambiance presque intime malgré la foule.

On poursuit vers Gion, le quartier historique des geishas. Ici, l’architecture change complètement : maisons en bois (machiya), façades basses, ruelles étroites et lanternes traditionnelles.
Le quartier a conservé une grande partie de son aspect d’époque Edo, même si la pression touristique est aujourd’hui très forte.
Puis direction le Kiyomizu-dera, l’un des temples les plus emblématiques de Kyoto.
Fondé au VIIIe siècle, il est surtout connu pour sa grande terrasse en bois construite sans clous, soutenue par une structure impressionnante de piliers.
Depuis cette plateforme, la vue sur Kyoto est spectaculaire, surtout lorsque les cerisiers ou les érables colorent le paysage.
Mais ici aussi, la foule est très importante. On choisit donc de s’éloigner des axes principaux pour explorer les jardins et les chemins secondaires du site, beaucoup plus calmes et tout aussi beaux.

Sur le chemin du retour, passage par le Kennin-ji, l’un des plus anciens temples zen du Japon, fondé en 1202.
L’atmosphère y est radicalement différente : silence, tatamis, et jardins secs soigneusement composés.

On termine la journée par une balade le long de Kiyamachi-dori, puis de la rivière Takase, bordée de cerisiers en fleurs. Kyoto révèle ici un visage plus doux, presque romantique.

Le soir, difficulté inattendue : beaucoup de restaurants ferment tôt ou refusent les nouveaux clients. On finit dans un food court, pratique mais sans retrouver totalement l’âme culinaire des jours précédents.

Jour 6 – Fushimi Inari, au-delà des photos

Le réveil est marqué par une pluie intense. Malgré cela, impossible de rater Fushimi Inari Taisha.
Ce sanctuaire shinto, fondé au VIIIe siècle, est dédié à Inari, divinité du riz et de la prospérité.
Il est surtout célèbre pour ses milliers de torii rouges, offerts par des particuliers et des entreprises en signe de gratitude ou de prière.
Chaque portail forme une sorte de tunnel symbolique reliant le monde humain au monde spirituel.

Les premiers mètres sont très fréquentés. La pluie n’aide pas, mais la foule est surtout concentrée sur les sections les plus connues, souvent vues dans les films et les guides touristiques.
Puis, progressivement, en prenant de la hauteur, l’ambiance change complètement. Les visiteurs se font plus rares. Les touriste en kimonos venus pour se prendre en photo aussi.
Les toriis s’espacent, et la forêt reprend ses droits.

Après environ 40 minutes de montée, on retrouve un calme presque total.
Le son de la pluie sur les feuilles, les structures rouges qui serpentent dans la montagne, et le silence donnent au lieu une atmosphère presque irréelle.

Une fois redescendus, pause au Vermillion Café, puis retour à l’hôtel pour s’abriter.
Le soir, on décide de ne pas répéter les erreurs de la veille et de partir tôt dîner.
Direction Katsukura, restaurant réputé pour son tonkatsu. Ici, la particularité est aussi dans l’expérience : on écrase soi-même les graines de sésame pour préparer la sauce, ce qui ajoute un côté très interactif au repas.
Le porc est parfaitement croustillant à l’extérieur et fondant à l’intérieur.
Pour finir ce séjour à Kyoto, direction un speakeasy caché : Scotch & Branch.
L’entrée se fait discrètement via une cabine téléphonique dans un hall d’immeuble. À l’intérieur, ambiance feutrée, jazz, et large sélection de whiskys japonais et écossais.

Une dernière soirée parfaite à Kyoto, avant le retour.

This is the End

Le lendemain direction Osaka pour notre vol retour vers Paris.
Dans l’avion, le Mont Fuji apparaît une dernière fois. Comme un clin d’œil.
Quelques heures plus tard, on s’aperçoit que notre vol est parti par l’est et qu’on survole le Groenland.
On se sent tout petit face à l’immensité de cette étendue de glace.
Sans l’avoir prévu, ce voyage devient presque un tour du monde.

Nous revenons des souvenirs plein la tête et une chose est sure l’envie d’y retourner.

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